Philip Cordery

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3ème plan autisme: lettre ouverte aux familles françaises installées en Belgique

Article mis en ligne le 11 septembre 2013 dans À l'Assemblée nationale.

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Madame, Monsieur,

 

Vous êtes confrontés quotidiennement à l’autisme et connaissez mieux que quiconque les difficultés que l’on peut rencontrer lorsque l’un de ses proches en est atteint. J’ai choisi de vous adresser cette lettre afin de vous exprimer mes espoirs quant à une meilleure prise en charge de ce handicap.

 

La France a malheureusement accumulé un retard considérable vis-à-vis d’autres pays dans l’accompagnement des personnes autistes et de leurs familles. La prise en charge de l’autisme a été trop longtemps considérée comme étant l’affaire des psychanalystes qui ont exercé une véritable mainmise sur le secteur, préconisant parfois la mise en œuvre de méthodes humiliantes telles que le « packing » qui ont pourtant été maintes fois décriées à l’étranger et que la Haute Autorité de Santé a récemment condamné.

Certains d’entre vous ont longtemps lutté en France contre ces méthodes avec l’appui d’associations déterminées comme Autisme France, Vaincre l’Autisme, le collectif EgaliTED et se sont confrontés aux réticences du monde médical, à la lourdeur administrative française et à l’incompréhension de certains pouvoirs publics. Parfois même, vous avez été menacés de poursuites judiciaires pour non-assistance à personne en danger si vous refusiez que votre enfant suive ces thérapies psychanalytiques. Puis, exaspérés vous avez décidé de vous installer ou de faire accueillir votre enfant en Belgique, pays connu pour utiliser des méthodes éducatives et comportementales, afin que votre enfant soit correctement pris en charge. Je sais que ce choix a été particulièrement difficile pour bon nombre d’entre vous, mais il s’agissait souvent de la meilleure option, la seule option possible. Comme je l’ai déjà répété à de nombreuses reprises, cette situation n’est pas tolérable.

Toutefois, comme François Hollande s’y était engagé durant la campagne présidentielle, un troisième plan autisme (2013-2017) a été présenté le 2 mai dernier par Marie-Arlette Carlotti, Ministre déléguée chargée des personnes handicapées. Durant la campagne pour les élections législatives de 2012, j’avais moi-même soulevé cette nécessité d’une meilleure prise en charge de l’autisme en France. J’ai la conviction que ce plan permettra d’apporter des solutions concrètes aux problèmes que vous, familles, rencontriez auparavant en France. 

En rupture avec les méthodes psychanalytiques, il constitue en effet une véritable réorientation de l’approche menée par les pouvoirs publics en France. Désormais, les méthodes éducatives et comportementales vont être privilégiées, comme c’est le cas dans la plupart des pays européens. Je tiens à saluer à ce titre l’engagement sans faille de la Ministre qui a œuvré ces derniers mois à changer les perspectives de prise en charge de l’autisme.

Même si des progrès sont encore nécessaires, c’est avec fierté que nous voyons la France s’engager dans une nouvelle voie.

Les avancées de ce plan sont en effet considérables et doivent être soulignées. Il va plus loin que les précédents, en insistant sur la nécessité du dépistage précoce et en entérinant les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) qui préconise une prise en charge fondée prioritairement sur une approche éducative, comportementale et développementale. Ce nouveau plan associe également pleinement les familles, par le biais de comités d’usagers et la nomination d’un « référent autisme » au sein du comité interministériel du handicap. C’est là aussi une avancée majeure en la matière. Les familles sont désormais au cœur de ce dispositif, ce dont je me réjouis.

Alors que notre pays est confronté à une importante crise économique et qu’il est demandé à chaque ministère de faire de nombreux efforts, la Ministre déléguée chargée des personnes handicapées a fait preuve d’un volontarisme politique à tout épreuve afin d’augmenter de 18 millions d’euros le budget du plan autisme. Il s’élève désormais à 205,5 millions d’euros.

Ce choix budgétaire, que je salue, permettra d’une part de définir un cap avec des objectifs précis à atteindre et d’autre part, d’accompagner un changement de mentalité dans la prise en charge de l’autisme en France.

Ainsi, 63 millions d’euros seront consacrés au diagnostic et à l’intervention précoces, ce qui permettra de prendre en charge les enfants dès l’âge de 18 mois et offrir un véritable suivi efficace et personnalisé à chaque enfant dès son plus jeune âge. Par ailleurs, ce ne sont pas moins de 550 places supplémentaires qui seront allouées au développement des services d’éducation spéciale et de soins à domicile, indispensables à l’intégration scolaire. Ce troisième plan prévoit également la création de 1.500 nouvelles places afin de favoriser l’inclusion sociale et professionnelle des adultes. Je tiens à souligner aussi la mise en place de 350 places dites « de répit » qui permettront des placements de courte durée, pour quelques heures dans la semaine. Enfin, ce sont 5.000 professionnels du secteur médico-social qui seront formés aux méthodes éducatives grâce à ce plan.

Toutes ces mesures constituent une étape décisive dans la prise en charge de l’autisme en France.

Cette semaine a lieu la première rentrée des classes pour les enfants français depuis le vote de la loi pour une refondation de l’école de la République qui a posé les fondements d’une école juste, exigeante et inclusive. Alors que j’avais écrit au ministre de l’éducation nationale Vincent Peillon au mois de juillet dernier sur l’urgence de prévoir un  accompagnement des élèves en situation de handicap en milieu scolaire, des mesures relatives viennent d’être annoncées par le gouvernement, inspirées des réflexions issues d’un groupe de travail initié par Vincent Peillon et Marie-Arlette Carlotti, Ministre déléguée en charge des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion. Les 28 057 auxiliaires de vie scolaires exerçant ces missions d’accompagnement se verront par ailleurs proposer un contrat à durée indéterminée au terme de leurs six ans d’exercice en contrat à durée déterminée. Le gouvernement s’oriente donc effectivement vers une professionnalisation de l’accompagnement des élèves et la reconnaissance d’un vrai métier faisant l’objet d’une nouvelle formation et d’un diplôme d’Etat. 

L’ensemble de ces mesures constitue un formidable message d’espoir qui vous est adressé. Et je tiens à remercier pour cela Marie-Arlette Carlotti pour son courage et sa détermination à mener à bien ces réformes.

 Ce troisième plan est une réussite à bien des égards. Mais il ne constitue qu’une étape. L’autisme n’est pas une fatalité. Il faut dès lors continuer à travailler ensemble, professionnels de l’éducation, de la santé, familles, associations et pouvoirs publics, afin de faire émerger dans les années à venir, de nouvelles propositions toujours plus efficaces et innovantes. 

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, mes sincères salutations,

                                                                              Philip Cordery